Cântăreața Juliette Greco a murit la vârsta de 93 de ani
Cântăreaţa franceză Juliette Gréco, supranumită “Muza din Saint-Germain des Prés”, a murit la vârsta de 93 de ani, anunţă Le Figaro.
Juliette Gréco, marea doamnă a cântecului francez, s-a născut pe 7 februarie 1927 la Montpellier. De peste 60 de ani, cu vocea ei caldă şi senzuală, artista franceză a interpretat piese care au fost compuse special pentru ea de unii dintre cei mai mari muzicieni ai Franţei - Jacques Prévert, Léo Ferré, Serge Gainsbourg, Jaques Brel şi Gérard Jouannest - soţul ei, transmite
A devenit celebră în 1950 cu ”Si tu t’imagines” - un poem de Raymond Queneau, ale cărui versuri au fost puse pe muzică de Joseph Kosma. De atunci, succesul nu a mai părăsit-o. A interpretat piese care au devenit celebre, precum ”La Javanaise”, de Serge Gainsbourg, ”La Jolie Môme”, de Léo Ferré, ”La Chanson des vieux amants”, de Jacques Brel şi Gérard Jouannest.
« S’il avait vécu au lieu de mourir prématurément, il aurait bénéficié du même retour de fortune que nous autres, car il était plein de talent… Il avait autant de dons naturels que de conscience et il n’était encore, quand nous l’avons perdu, qu’au début de sa carrière. » (Claude Monet). Yerres est une ville de l’Essonne à vingt minutes de Paris dont le maire a été brillamment réélu le 23 mars 2014 dès le premier tour avec plus de 77% des suffrages exprimés. Ce maire, ancien candidat à l’élection présidentielle et de nouveau lancé dans une autre élection, les élections européennes du 25 mai 2014, n’est autre que le député Nicolas Dupont-Aignan qui, depuis juin 1995, a su faire de sa ville un lieu agréable de vie, ce qui lui a valu ce nouveau quitus pour un quatrième mandat.Il faut dire que la ville a la chance de trouver sur son territoire la Propriété Caillebotte, entre l’Yerres, la rivière, et le chemin Barbara, une résidence secondaire de maître avec un vaste parc de onze hectares, qui a été acquise en 1860 par Martial Caillebotte, le père du peintre Gustave Caillebotte (1848-1894), puis revendue à la mort de sa mère, en 1879. La propriété est par la suite devenue propriété de la commune en 1973. La municipalité s’est lancée en 1995 dans un projet très ambitieux de restauration et de valorisation de ses atouts patrimoniaux et artistiques qui s’est achevé cette année par cette première exposition temporaire inaugurée le 4 avril 2014 en présence de nombreux officiels. Le Casin, l’habitation du peintre, une grande maison blanche à colonnes, sera réhabilité en 2015.Cette exposition est évidemment consacrée au peintre, "Caillebotte à Yerres au temps de l’impressionnisme", et sera visible jusqu’au dimanche 20 juillet 2014.Le parc est aussi à visiter. Une promenade romantique le long des massifs de fleurs, de l’Orangeraie, du jardin potager, du chalet suisse, du kiosque, de la glacière (qui permettait de conserver de la nourriture à sept mètres de profondeur à une époque où les réfrigérateurs n’existaient pas encore), de la chapelle, et, bien sûr, le long de la rivière, où l’on peut même faire l’après-midi des promenades en barque ou canoë lorsque les beaux jours arrivent. Je conseille néanmoins de réserver la promenade extérieure seulement après avoir visité l’exposition pour mieux se rendre compte à quel point le cadre a influencé et surtout inspiré le peintre.
Né en même temps que la très brève Seconde République, le 19 août 1848, deux mois après Paul Gauguin (1848-1903), Gustave Caillebotte ne se considérait pas comme un peintre, ou plutôt, se moquait de sa notoriété comme peintre. Il était avant tout un enfant d’une riche famille qui avait fait fortune en vendant des draps à l’armée de Napoléon III et n’avait pas vraiment besoin de travailler pour assurer son train de vie. Il est mort tôt, à 45 ans, le 21 février 1894, il y a cent vingt ans, d’une congestion cérébrale. Il a laissé à la postérité environ six cents œuvres, huiles, pastels et dessins, majoritairement détenues par ses héritiers car il n’avait pas eu besoin de les vendre. Camille Pissaro a dit de lui : « Nous venons de perdre un ami sincère et dévoué… En voilà un que nous pouvons pleurer, il a été bon et généreux et, ce qui ne gâte rien, un peintre de talent. ».En 1874, avec son jeune frère Martial, pianiste, compositeur et photographe dont il était proche, Gustave a hérité de la fortune paternelle. Passionné à la fois par la philatélie, l’horticulture, les régates, la construction navale et la peinture, ami des impressionnistes comme Claude Monet, il fut également connu comme mécène et grand collectionneur d’œuvres d’art.Son legs est célèbre, car, à sa mort, il permit aux impressionnistes d’être exposés dans les musées nationaux et d’être reconnus (Caillebotte fut d’ailleurs le premier à être accepté dans une exposition). Son testament (déposé le 22 février 1894 chez un notaire de Meaux) expliquait dès le 3 novembre 1876 (à la suite de la mort de son autre frère René à 26 ans et remarquant qu’on mourait jeune dans la famille) : « Je donne à l’État les tableaux que je possède ; seulement comme je veux que ce don soit accepté et le soit de telle façon que ces tableaux n’aillent ni dans un grenier ni dans un musée de province mais bien au Luxembourg et plus tard au Louvre, il est nécessaire qu’il s’écoule un certain temps avant l’exécution de cette clause jusqu’à ce que le public, je ne dis pas comprenne, mais admette cette peinture. Ce temps peut être vingt ans ou plus ; en attendant, mon frère Martial et à son défaut un autre de mes héritiers les conservera. Je prie Renoir d’être mon exécuteur testamentaire et de bien vouloir accepter un tableau qu’il choisira ; mes héritiers insisteront pour qu’il en prenne un important. ».La collection était imposante, avec soixante-dix-sept œuvres de Degas, Manet, Monet, Renoir, Cézanne, Pissaro, et Sisley. Seules trente-huit furent acceptées par l’État le 23 novembre 1896. Beaucoup de protestations académiques accompagnèrent l’exposition de ces œuvres au Musée du Luxembourg qui a eu lieu en début 1897 : « Nous sommes dans un siècle de déchéance et d’imbécillité. C’est la société entière dont le niveau s’abaisse à vue d’œil… Pour que l’État ait accepté de pareilles ordures, il faut une bien grande flétrissure morale. » (Jean-Léon Gérôme dans "Le Journal des Artistes"). Ces erreurs d’appréciation devraient encourager les contemporains à rester un peu plus prudent sur ce qu’on qualifie d’art contemporain qui peut toujours étonner voire choquer par son audace. En 1929, le Louvre accueillit la collection Caillebotte qui fut transférée au Musée d’Orsay à son ouverture en 1986.Bien qu’ayant eu un rôle majeur dans le mouvement impressionniste par son généreux mécénat et ses œuvres très originales, Caillebotte ne fut reconnu qu’il y a seulement une trentaine d’années. Le commissaire de l’exposition, Serge Lemoine, qui fut président du Musée d’Orsay et est professeur à la Sorbonne, explique cette « longue période d’oubli puis de purgatoire » : « Les raisons sont multiples : sa carrière a été brève, il n’a pas vendu et n’était pas un artiste à plein temps (…). Lorsque les historiens de l’art ont commencé à s’intéresser à l’impressionnisme, après 1945, ils ne le mentionnaient pas. ».Je dois dire que je ne connaissais pas beaucoup les peintures de Gustave Caillebotte. La seule œuvre que j’avais vue physiquement était installée lors de l’exposition au Musée d’Orsay sur les Nus de Degas en 2012 où était présenté "L’homme sortant du bain" (1884) étonnant de réalisme et de quotidienneté. Et l’autre œuvre très connue par ses reproductions, c’est "Les Raboteurs de parquet" (1875) visible au Musée d’Orsay et qui fut rejetée à l’époque pour son sujet trop ordinaire, ce qui encouragea le peintre à financer ses propres expositions et salons.
J’ai donc découvert un peintre exceptionnel, à la fois impressionniste et réaliste. Avec lui, il est loin le temps d’un David avec le Sacre de Napoléon. Les choses peintes sont plus ordinaires, moins formelles. Caillebotte peint la vie quotidienne, ordinaire, assez banale, des scènes de vie, comme le faisaient les Brueghel bien avant lui. Le réalisme est criant de vérité, et en même temps, c’est déjà de l’impressionnisme. De "l’impressionnisme figuratif", si je peux dire, qui a gardé les traits des contours que ses amis impressionnistes ont abandonnés, et qui n’est pas sans ressembler à l’art photographique. Ce courant réaliste fut très apprécié aux États-Unis.L’originalité des peintures de Caillebotte tient en particulier à ses compositions très photographiques, avec des vues en plongée ou des premiers plans audacieux, des personnages décentrés voire coupés. Son style est ainsi très reconnaissable et continue à surprendre le visiteur.Pour le plaisir des yeux, même si une reproduction ne vaudra jamais le tableau lui-même, dont l’éclairage fait parfois ressortir de la vie et du mouvement, voici quelques tableaux que j’ai particulièrement appréciés.
Le "Périssoires sur l’Yerres" (1877) est à mon avis le tableau le plus impressionnant de la visite. Avec son éclairage, on a vraiment l’impression que l’eau est réelle, faisant légèrement trembloter les reflets.
Toujours grâce à l’éclairage (que la reproduction rend mal), dans "Baigneurs, bords de l’Yerres" (1878), Caillebotte montre les mollets du plongeur très vivants qui sautent à l’œil du visiteur. L’homme qui remonte sur la terre est coupé, un tronc d’arbre est placé en premier plan. Comme sur une photo.
Assez célèbre pour son influence du japonisme, "L’Yerres, effet de pluie" (1875) donne toute la mesure du peintre à provoquer l’impression de la pluie sans la peindre elle-même, juste en esquissant les cercles concentriques sur la rivière. Si l’on ne regarde que le premier tiers du tableau, la météo ne semble pas pluvieuse. La troisième partie du tableau, en bas, semble s’opposer à la verticalité des arbres de la première.
"Pêche à la ligne" (1878), en présence de Zoé, insiste sur le reflet des arbres dont le jaune peut provenir de fleurs ou de feuilles d’automne (le peintre résidait à Yerres surtout en été).
C’est sans doute l’œuvre la plus "osée" de l’exposition, "Yerres, militaires au bois" (1870-1871), à une époque où Caillebotte, à 22 ans, était lui aussi mobilisé pour la guerre contre les Prussiens, ce qui lui a donné une certaine attention aux soldats dans le début de son œuvre. Ici, au fond, un soldat s’entraîne au fusil tandis qu’un autre, plus proche, se repose allongé sur le sol et, plus surprenant, sur la gauche, un troisième, coupé, fait ses besoins naturels.
Dans "Canotier au chapeau haut de forme" (1877-1878), là encore, Caillebotte fait preuve de grande originalité en mettant un personnage en premier plan, se plaçant dans le bateau lui-même, et en habillant très élégamment le canotier qui, délaissant sa veste, semble être un haut bourgeois. Un canot semblable faisait partie de l’inventaire de la propriété à la mort de Céleste Daufresne, la mère du peintre, qui avait hérité du domaine après le décès de son mari.
Symbole de sa grande passion pour les régates (il déménagea à Gennevilliers pour se rapprocher du Cercle de la voile de Paris), "Régates à Argenteuil" (1893), le reflet des voiles sur l’eau donne un effet très réaliste.
"Les Périssoires" (1877), toile qui a servi à l’affiche de l’exposition, on retrouve la dynamique des gestes des rameurs et des reflets dans l’eau, le cadrage décentré, ainsi qu’un paysage qui est resté intact dans la propriété où l’on peut aujourd’hui louer des barques pour "revivre" la scène.
Issue d’une collection particulière, "Le Billard (inachevé)" (1875) dont j’ai mis une reproduction ou la reproduction d’une copie de son œuvre que Caillebotte avait lui-même commandée, n’est pas si inachevé que cela. Au contraire, il a délibérément laissé vierge, sans même d’esquisse, la partie gauche, ce qui permet de voir la précision d’exécution de son tableau. Par ailleurs, c’est la seule œuvre qui représente l’intérieur du Casin, au rez-de-chaussée, avec un personnage qui n’est pas identifiable (comme souvent dans ses œuvres), et un ameublement conforme à la description de l’acte notarié à la succession de la mère de l’artiste. Il manque aussi la queue et les boules du billard.
Le premier tableau exposé, grand format (71 cm x 91 cm), "Baigneur" (1878), donne tout de suite le ton en entrant dans la salle. La scène est banale, plutôt agréable à l’œil, naturelle. C’est l’été, une invitation à la détente. L’arbre de gauche barre le regard de la destination du plongeur pour ramener l’œil vers les berges en arrière-plan. À droite, un personnage est coupé en deux, sans doute revient-il de la baignade, cheveux mouillés et se séchant dans un peignoir. Malgré la proximité de l’observateur, le plongeur semble assez loin par la présence, en haut à droite, d’un champ qui apporte un effet de profondeur et joue le rôle d’ouverture du ciel absent dans la composition.
Toujours pour montrer l’esprit novateur et insolite de Caillebotte, ce "Boulevard vu d’en haut" (1880), qui est l’un des derniers tableaux de l’exposition, offre une vue plongeante exceptionnelle pourtant familière que la photographie a rendue un siècle plus tard très ordinaire.
Enfin, je m’arrête avec ce petit tableau (21 cm x 31 cm), "Pelouse dans le parc, coucher de soleil, 4e effet" (1878), d’une série de quatre exposés à Yerres, où toute l’attention du peintre est portée sur les différentes nuances du ciel après la disparition du soleil.J’aurais pu bien sûr continuer avec d’autres tableaux, comme ce "Portrait de Zoé Caillebotte" (1877) qui représente la jeune cousine du peintre qu’on peut retrouver aussi dans d’autres œuvres, ou cette représentation du Casin avec beaucoup de soldats au pantalon rouge envahissant les lieux un peu partout, sur les balcons, aux fenêtres.Ce fut donc un grand plaisir d’admirer ces quarante-trois œuvres qui sont exposées à Yerres en ce moment, d’autant plus que la plupart proviennent de la famille Caillebotte et de collections privées, et donc ne sont pas visibles en période normale (les autres sont des prêts de grands musées américains et français).L’exposition est assez "rapide" par rapport à d’autres expositions temporaires dans des lieux plus prestigieux, mais cela correspond à plus de la moitié des œuvres peintes à Yerres (entre 1875 et 1879). Et comme Yerres n’est pas le Louvre, il faut en profiter tant que la propriété n’est pas très connue et que la foule n’est pas au rendez-vous (j’ai appris son existence seulement par des affiches posées sur des abris bus). La municipalité invite même le visiteur à faire comme Caillebotte, c’est-à-dire, à devenir mécène en faisant un don pour la poursuite de la réhabilitation de la Propriété Caillebotte.Informations pratiques :Propriété Caillebotte, 8 rue de Concy, 91330 Yerres.Accessible en RER-D (Gare de Lyon) et en voiture par l’A4, l’A86 et la N19.L’exposition ferme définitivement le dimanche 20 juillet 2014 à 19h00.L’espace est ouvert tous les jours sauf les lundis de 10h00 à 18h00.Les dimanches et jours fériés (y compris les lundis), ouvert de 10h00 à 19h00.Nocturnes les vendredis et les samedis jusqu’à 20h30.
AUGUSTE RENOIR (1841-1919) "Vue de Venise (Le Palais des Doges)" d’Auguste Renoir (1881).
Huile sur toile (54 x 65 cm).
Clark Art Institute à Williamstown (Massachusetts, États-Unis).
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Il est temps de profiter des beaux jours pour visiter les sites culturels et patrimoniaux situés tout près de chez vous. Aujourd'hui, plongez dans la cathédrale Notre-Dame de Reims, un édifice religieux au destin exceptionnel.
Après les avoir visités virtuellement, découvrez les sites culturels et patrimoniaux qui reçoivent de nouveau le public. Pour rappel, avant votre visite, veillez à contacter l’institution afin de prendre connaissance des conditions d’accueil et mesures sanitaires mises en place. Aujourd’hui, rendez-vous à la cathédrale Notre-Dame de Reims, rouverte depuis le 11 mai.
Huit fois centenaire, Notre-Dame de Reims s’illustre par son destin exceptionnel. Le sanctuaire où Clovis fut baptisé est devenu le lieu du sacre de vingt-cinq rois de France. Le monument, martyrisé pendant la première guerre mondiale, s’impose comme l’un des hauts lieux de l’histoire et du patrimoine français.
Les Annales de Saint-Nicaise rapportent que le 6 mai 1210, la cathédrale de Reims brûla et qu’en 1211, « le même jour, un an révolu, on commença à édifier les murs sur des fondations d’une grande profondeur et d’une grande largeur, du côté de Monseigneur l’archevêque » – comprenons vers le palais du Tau. Le site était occupé par une église depuis huit siècles déjà. La première cathédrale et son baptistère, fondés vers l’an 400 et attribués à l’évêque saint Nicaise, avaient pris la place d’un ensemble thermal, établissement public symbolique de la ville antique, lorsque le christianisme était devenu la religion de l’empire romain. Le choix du site soulignait le nouveau statut social et politique de l’évêque, qui avait alors sans doute élu domicile dans le prétoire attenant, le siège du pouvoir, futur palais du Tau. En outre, les vastes volumes au centre de la cité et le branchement de l’aqueduc permettaient de baptiser les catéchumènes dans l’eau vive de la piscine baptismale.
Le baptême de Clovis représenté sur le tympan de la cathédrale de Reims. Photo Wikimedia Commons/Mattana
Lieu du sacre des rois de France
En 1211, il ne restait rien de visible de tout cela mais la mémoire de cet édifice, qui avait accueilli vers l’an 500 le baptême de Clovis, était demeurée vivante par la célébration des sacres. Ici, Clovis, bientôt suivi par le peuple franc, avait opté pour l’Église romaine et reconstitué une unité religieuse et politique qui devait engendrer une nation. Ici, renouant la chaîne des temps, les rois de France venaient chercher la grâce d’exercer leur ministère par l’onction d’une huile que l’on disait miraculeuse, descendue du ciel pour le baptême de Clovis. L’onction démultipliée sur la tête, la poitrine, entre les épaules, sur chacune des épaules, aux jointures des bras puis sur les mains manifestait la volonté d’investir tous les sièges vitaux de la force d’En Haut. Pour les clercs, c’est cette onction qui donnait au roi ses pouvoirs de thaumaturge, la faculté de guérir dès lors les malades des écrouelles. « Le roi te touche, Dieu te guérit. » Les antiques croyances en un roi guérisseur se trouvaient ordonnées dans une lecture théologique faisant du souverain un intermédiaire entre Dieu et son peuple. Le roi ne mourait jamais : le corps oui mais pas la fonction, revivifiée de génération en génération au même endroit. C’est bien ce qu’exprime la galerie des rois, au sommet de la façade principale. Ce n’est pas une galerie des portraits – il y a plus de statues que de souverains connus –, c’est la procession séculaire de la légitimité.
La galerie des rois. Photo Wikimedia Commons/MM
Un long chantier médiéval
Vingt-cinq rois ont été sacrés dans l’actuelle cathédrale, dont quatre au XIIIe siècle, alors qu’elle était encore en chantier. Qu’y avait-il en 1210 ? Une église rebâtie à l’époque carolingienne après le sacre, en 816, de Louis le Pieux, fils de Charlemagne, dont on garda la nef et le transept charpentés et que l’on agrandit dans les années 1150 en la dotant d’une nouvelle façade et d’un choeur voûté à déambulatoire et chapelles rayonnantes. Logiquement, cette dernière partie, qui n’avait pas trop souffert de l’incendie, fut dans un premier temps conservée. On commença donc le chantier à l’est, par les chapelles actuelles, et à l’ouest, par les travées hautes de la nef. Puis sa démolition permit d’élever le transept et le nouveau choeur, mis en service en 1241. La reconstruction allait bon train. Le chroniqueur Aubry de Trois-Fontaines faisait état d’une maxima industria. La cadence ralentit ensuite quand on entama les fondations de la façade, entreprise colossale il est vrai, et formidablement ornée, ainsi que les quatre premières travées de la nef.
On atteignit à la fin des années 1280 la grande corniche surmontant la rose puis le chantier connut, ici comme ailleurs, un brutal ralentissement dans la désastreuse conjoncture de « l’automne du Moyen Âge » marqué par la peste, la famine et la guerre. La galerie des rois ne prit place qu’au XIVe siècle et les tours furent lentement édifiées au XVe, jusque dans les années 1470. Pour comble de malheur, un incendie accidentel en 1481 consuma la charpente ainsi que le grand clocher déjà assis au centre de l’édifice, à la croisée du transept. L’ampleur des dégâts était telle que les restaurations engloutirent les fonds et la dernière énergie des bâtisseurs. En 1516, ils décidèrent de surseoir au couronnement de flèches prévu trois siècles plus tôt.
Les vitraux du XXIe siècle créés par Imi Knoebel. Photo Pixabay/Andrew Martin
La cathédrale bombardée
Une catastrophe plus grave encore frappa Notre-Dame de Reims. Le 19 septembre 1914, alors que le front prenait position à quelques kilomètres de la ville, la cathédrale fut bombardée, l’embrasement d’un échafaudage en bois de pin dressé contre la tour nord puis celui de la charpente firent des dégâts épouvantables, entraînant la fusion des quatre cents tonnes de plomb des toitures, calcinant une partie de la statuaire, fendant la grande rose par le milieu. Ce n’était que le début d’un long martyre ; durant les quatre ans du conflit, près de trois cents obus poursuivirent l’oeuvre destructrice, brisant sculptures et vitraux, crevant les voûtes. Il fallut vingt ans et toute l’énergie d’Henri Deneux, architecte en chef de la restauration de la cathédrale, pour que l’édifice fût rendu au culte. Pourtant les fêtes de juillet 1938 ne marquèrent pas la fin d’une restauration qui semble interminable. Un siècle après le drame, la réfection prochaine de la grande rose et de son pourtour permettra au moins d’effacer les dernières cicatrices visibles sur la façade… Cette tragique destinée donne tout son prix au geste du général de Gaulle et du chancelier Adenauer assistant côte à côte à la messe célébrée le 8 juillet 1962 par l’archevêque de Reims, Monseigneur François Marty. Avant d’engager leurs chers et vieux pays dans la voie de la réconciliation, ils montrèrent, dans un sanctuaire marqué par une si longue histoire, que rien ne se construit dans l’oubli ou la négation du passé. Un demi-siècle plus tard, cette réconciliation est illustrée par la commande de six nouvelles verrières à l’artiste allemand Imi Knoebel.
Façade de la cathédrale de Reims après les bombardements de 1914. Photo Wikimedia Commons
La quête de la lumière
L’architecture gothique est un art de lumière. En passant vers 1220 sur le chantier rémois, Villard de Honnecourt, admiratif, releva, dans son Carnet, la fenêtre qui est le leitmotiv de la cathédrale. Insérée entre deux contreforts comme un châssis, la fenêtre n’est plus un percement dans le mur mais une forme indépendante ordonnant un vide. La même recherche s’exprime au revers de la façade où le maître de l’oeuvre, Bernard de Soissons, avait superposé dans la deuxième moitié du XIIIe siècle deux roses et percé tympans et triforium d’une claire-voie.
Les verrières médiévales rescapées illustrent les fonctions de la cathédrale. Dans les fenêtres hautes du choeur, l’archevêque Henri de Braine (mort en 1240), entouré de ses onze évêques suffragants, préside un concile provincial. Il marque ainsi le rang métropolitain de son église. Dans la nef, le double cortège des rois et archevêques – réduit à quatre travées sur dix – s’articule avec le sacre figurant dans le triforium pour souligner la pérennité du sanctuaire de la légitimité. Quant à la grande rose, elle célèbre la fête patronale du monument, faisant le lien entre la Dormition et l’Assomption de Notre-Dame qui, à l’extérieur, est au coeur de l’iconographie de la façade.
Destruction, restauration et vitraux contemporains
Les multiples baies de al cathédrale n’ont malheureusement pas conservé tous leurs vitraux anciens. En effet, les chanoines « embellisseurs » du siècle dit des Lumières supprimèrent les verrières basses à partir de 1739, pour y voir plus clair et économiser les chandelles. La guerre de 1914-1918 détruisit environ la moitié des trois mille cinq cents mètres carrés d’oeuvres anciennes survivantes.
Le verrier Jacques Simon, après avoir sauvé et restauré ce qu’il pouvait, réalisa en 1937 la petite rose occidentale et en 1954 le Vitrail du champagne, dans le croisillon sud. Sa fille Brigitte prit le relais avec L’Eau vive (1961), au-dessus des fonts baptismaux, et un ensemble de grisailles (1971-1981), tandis que l’époux de celle-ci, Charles Marq, travaillait avec Marc Chagall aux lancettes de la chapelle axiale (1974). Ces créations furent financées par le mécénat, sous l’impulsion de la Société des amis de la cathédrale. En 2011, l’artiste abstrait allemand Imi Knoebel conçoit de nouveaux vitraux dans deux chapelles du sanctuaire.
Vitraux de Marc Chagall (1974) de la cathédrale de Reims dans une chapelle de l’abside. Photo Flickr/Jean-Pierre Dalbéra
Visite guidée des sculptures extérieures
Ses bâtisseurs ont fait de la cathédrale un livre d’images monumental qu’il faut déchiffrer. Jésus est très présent sur la façade, mais c’est sa mère qui rend cette présence possible. Notre-Dame occupe sur le portail central la place d’honneur, ce qui est rare. L’évocation de sa vie, dans les ébrasements, suit le calendrier liturgique : Annonciation, Visitation, Nativité (avec la Vierge à l’Enfant du trumeau), Épiphanie (figurée par la reine de Saba en marche vers le roi Salomon, comme les nations lointaines sont appelées à se mettre en marche vers le Christ), Chandeleur enfin. Sur le gâble du portail septentrional, dont la restauration s’est achevée en 2010, le Christ meurt sur la croix, dans une composition monumentale alors sans précédent. Les saints qui l’ont suivi parfois jusqu’au martyre et ont diffusé sa parole sont proposés en exemples dans les ébrasements.
Sur le gâble méridional, Jésus ressuscité, montrant les plaies de la Passion, revient à la fin des temps entouré d’anges présentant comme des reliques les instruments du supplice devenus signes de victoire. Les apôtres l’escortent, en face des prophètes qui avaient annoncé l’incarnation du Fils de l’Homme. Tout est accompli.
Au coeur de la façade, sur le gâble du portail central, Notre-Dame trône dans les nuées, couronnée par le Christ. Son entrée dans la gloire annonce celle des justes et lui confère un pouvoir d’intercession. Dans le symbolisme médiéval, tout ce qui est dit en général de l’Église peut être appliqué en particulier à Marie ; les images sont superposables. Marie est mère de Jésus, et l’Église est notre mère.
Le couronnement de Notre-Dame introduit l’évocation du sacre en rappelant l’origine divine du pouvoir du roi. La royauté terrestre est un vicariat de la royauté du Christ, fils de David. Les grands reliefs qui surmontent la rose – et doivent encore être restaurés – présentent le combat de David contre Goliath. Le roi très chrétien est un nouveau David, sacré par le prophète Samuel. Il est un nouveau Clovis, baptisé ici par saint Remi. Le roi des Francs, à demi plongé dans la cuve baptismale, occupe le centre de la galerie des roi, image de la continuité des sacres à Reims. Mais le message, davantage que politique, est ecclésiologique : bien sûr, il affirme le privilège royal de cette cathédrale, mais il rappelle d’abord que le ministère du roi sacré est de conduire le peuple qui lui est confié vers le seul royaume qui vaille et qui n’est pas de ce monde.
Le dernier thème est relatif aux fins dernières. L’Église englobe toute l’assemblée des fidèles, ceux de la Cité bienheureuse parvenus au terme de leurs pérégrinations et le peuple d’ici-bas en marche vers la Jérusalem céleste. Recoupant le thème de la Résurrection, en un point de convergence qui capte et élève le regard, le gâble du couronnement rend sensible à la communauté chrétienne la présence de la vie éternelle, où elle entre par le baptême et qu’elle a mission d’annoncer au monde. Il est une promesse et la clé d’un message d’espérance.
L’Ange au sourire. Photo Pixabay/Guy Dugas
La cathédrale médiévale était pour ses bâtisseurs l’image de la cité céleste, gardée par les anges aux ailes déployées – jadis dorées – qui habitent tous les contreforts. Cette liturgie céleste est représentée en bas relief au-dessus des chapelles absidiales par des anges en aube portant livres, encensoir, bénitier, croix processionnelle, entourant le Christ tourné vers l’est, comme le célébrant offrant en son nom le sacrifice à l’autel. Notre-Dame de Reims est la cathédrale des anges. Certains sont des messagers, d’autres des psychagogues, c’est-à-dire des accompagnateurs des âmes. Telle est la fonction du fameux Ange au sourire apportant la palme du martyre à un évêque décapité. Il va conduire le fidèle serviteur dans la joie de son maître, et cette annonce illumine son visage d’une sérénité céleste.