Se afișează postările cu eticheta REMBRANDT. Afișați toate postările
Se afișează postările cu eticheta REMBRANDT. Afișați toate postările

sâmbătă, 2 octombrie 2021

La leçon d’Anatomie du Docteur Tulp 2

 

La leçon d’Anatomie du Docteur Tulp

MOTS-CLÉS : anatomie. rembrandt
The Dr Tulp’s Anatomy Lesson
KEY-WORDS : anatomy. rembrandt

Alain-Charles Masquelet

Résumé

« La Leçon d’Anatomie » du Docteur Tulp est l’un des tableaux les plus connus de Rembrandt. Un examen détaillé de la scène représentée conduit à conclure que Tulp démontre l’action du muscle fléchisseur superficiel des doigts sur la flexion des articulations interphalangiennes proximales. Outre sa précision anatomique, le tableau de Rembrandt représente une véritable leçon de physiologie fonctionnelle qui s’accorde avec l’atmosphère intellectuelle du XVIIe siècle, marquée par le renouvellement de la problématique du mouvement des corps, en physique. « La Leçon d’Anatomie » du Docteur Tulp témoigne également d’une rupture épistémologique avec l’anatomie descriptive de Vésale.

Summary

The Dr Tulp’s Anatomy Lesson is one of Rembrandt’s most famous paintings. Analysis of scene suggest that Dr Tulp is demonstrating the action of the flexor digitorum superficialis muscle on the flexion of the fingers PIP joints. Rembrandt’s painting is a true lesson of the connection between an anatomic structure and a function. It also bears witnesse of the intellectual atmosphere of the 17th centrury, centered on a new theory of movement, and symbolizes an epistemological break with the descriptive anatomy of Vesalius.

INTRODUCTION « La leçon d’anatomie » est l’une des œuvres les plus célèbres de Rembrandt. Elle a donné lieu à de multiples commentaires liés à la composition du tableau et à l’utilisation du clair-obscur. En revanche, le contenu de la leçon n’est presque jamais évoqué. Les interprétations réalistes s’avèrent imprécises et souvent erronées tandis que les interprétations symboliques négligent les indices qui permettraient une reconstitution cohérente de la scène représentée par Rembrandt. Une approche que l’on pourrait qualifier à la fois de sémiotique et phénoménologique permet de soutenir la thèse qui fait l’objet de cet article : « La leçon d’anatomie » du Docteur Tulp n’est pas du registre de l’anatomie descriptive. Elle est une véritable démonstration expérimentale d’une corrélation entre une structure anatomique et la physiologie des mouvements de la main.

Je commencerai donc par l’éclairage des contextes dans lesquels s’insèrent le tableau réalisé puis j’enchaînerai par l’analyse du tableau notamment de l’attitude et de l’action du Docteur Tulp et je terminerai enfin par une discussion des interprétations les plus courantes.

Les contextes

Deux contextes me semblent devoir être identifiés dans cette première moitié du xviie siècle. D’une part le climat social, économique et politique de la Hollande, d’autre part le contexte scientifique, notamment l’état d’avancement des connaissances anatomiques.

Le contexte politique et social

Après trente ans de lutte sept provinces des Pays Bas dont la Hollande se sont libérées du joug espagnol et ont formé les Provinces Unies. Championnes de la tolérance, elles accueillent juifs et calvinistes. Le prudent Descartes y prend demeure en 1628 et observe de loin les démêlés de Galilée avec la Papauté. Mais surtout la Hollande du xviie siècle connaît un essor économique foudroyant, une prospérité insolente grâce au commerce outre-mer. La moitié du négoce européen transite sur des navires hollandais. Deux grandes compagnies, la Compagnie des Indes Orientales et la Compagnie des Indes Occidentales, se partagent le monde. Les comptoirs fleurissent au Brésil, aux Caraïbes, au Japon, à Formose, à Java et même sur le Continent Nord Américain ou la « Nouvelle Amsterdam », ultérieurement échangée aux Anglais contre le Surinam, deviendra New York. Amsterdam est le centre économique, politique et culturel des Provinces Unies. Une opulente bourgeoisie aime y vivre et se regarder vivre. Une foultitude d’artistes se nourrit en effet de cette représentation permanente grâce à la mode des portraits de groupe. La Hollande du xviie siècle pose pour l’histoire à travers l’exposition picturale de ses groupes sociaux : familles aisées, syndics de corporation, milices en tous genres, personnages importants dont on recherche les faveurs et en compagnie desquels il importe d’être vu et regardé ad æternam.

Nicolas Tulp, l’homme de la leçon, est l’un des personnages clés d’Amsterdam. Il sera huit fois trésorier de la ville et bourgmestre à quatre reprises. C’est assurément un grand politique. Mais Tulp est aussi anatomiste et chirurgien. L’année du tableau (1632), il est depuis quatre ans le Praelector de la Guilde des chirurgiens, élu par la Cité pour enseigner l’ostéologie, la physiologie, la zoologie et l’anatomie chirurgicale, deux fois par semaine. C’est à ce titre qu’il s’entoure des chirurgiens les plus connus de la ville pour immortaliser une dissection publique. « La leçon d’anatomie » est, en première approche, la mise en scène d’une corporation sociale influente.

Le contexte scientifique

Même si Tulp n’a pas laissé son nom dans l’histoire de l’anatomie, on lui doit quelques avancées : ses travaux sur les monstres sont célèbres, il a décrit l’anatomie de la valvule iléo-caecale que l’on attribue à tort au Suisse Bauhin, il a montré en son temps les méfaits du tabac sur l’appareil respiratoire.

La secrète ambition que nourrit Tulp est, en réalité, d’être considéré comme le Vésale du xviie siècle. Mais moins d’un siècle plus tôt Vésale a opéré une rupture radicale dans la connaissance anatomique. Il a définitivement réglé son compte à Galien surtout dans la deuxième édition de la « Fabrica » où la communication inter-ventriculaire, nécessaire pour la théorie galénique du flux sanguin, est formellement réfutée. Cependant, l’anatomie de Vésale, si précise soit-elle, reste une anatomie descriptive. Or le climat intellectuel du xviie siècle est celui d’une remise en cause profonde de la conception aristotélicienne du mouvement. Préparée par l’hypothèse copernicienne de l’héliocentrisme la révolution du xviie siècle aboutit à l’édifice intellectuel le plus prodigieux de l’histoire humaine puisqu’il a façonné le monde d’aujourd’hui. Je veux parler de la mathématisation de la nature issue notamment des travaux de Galilée, Descartes, Leibniz, Pascal, Gassendi et Newton.

Désormais, les lois de l’univers s’écriront en des termes mathématiques qui assurent l’universalité et la prédictibilité des phénomènes. Le xviie siècle est le siècle du mouvement qui clôt définitivement l’univers d’Aristote et de Galien. C’est d’ailleurs en 1628 que Harvey, exposant sa découverte du mécanisme de la petite et de la grande circulation sanguine dans « De motu cordis et sanguinis », donnera le coup d’envoi de l’étude des phénomènes physiologiques. C’est dans ce double contexte social et scientifique que s’inscrit la leçon d’anatomie du Docteur Tulp.

Le tableau de Rembrandt (fig 1)

Rembrandt a vingt-six ans lorsque le tableau voit le jour en 1632. Le grand marchand d’art Uylenburgh a confié à ce jeune talent la réalisation d’une commande prestigieuse, celle du Docteur Tulp. L’occasion d’une dissection publique survient en janvier 1632 avec l’exécution par pendaison d’un petit voleur nommé

Fig. 1. — « La leçon d’anatomie » Aris Kindt. Des commentaires en grand nombre ont souligné la remarquable composition du tableau, qui tranche avec celle des leçons d’anatomie datées de la même époque, et l’utilisation de la lumière qui accorde une place centrale au cadavre étendu sur la table. Sur la droite du tableau, Tulp forme un premier triangle massif qui tient en respect les assistants. Ces derniers forment à leur tour deux triangles dont un triangle externe constitué de trois personnages qui visiblement ont le regard dirigé vers les spectateurs, invitant ceux-ci à participer à la scène comme semble l’attester l’index tendu du personnage situé en hauteur. En revanche, les personnages qui forment le triangle interne participent pleinement au déroulement de la leçon.

La composition géométrique faite de triangles et de losanges a été abondamment soulignée par de nombreux auteurs. En revanche, on n’a sans doute pas assez remarqué que, mis à part les personnages du haut et l’observateur indifférent de l’extrême gauche, les têtes des participants les plus proches de la table de dissection, Tulp inclus, s’inscrivent dans une ellipse ayant pour foyer la main gauche de l’anatomiste. Curieusement c’est dans cette main gauche de Tulp que réside la clé du tableau lorsqu’il s’agit de répondre à la question « de quelle leçon s’agit-il ? » Quelques indices permettent de formuler une hypothèse cohérente et plausible.

Tulp, de sa main droite, tient une pince qui enserre un corps musculaire de l’avantbras du cadavre. Il est aisé de reconnaître qu’il s’agit du fléchisseur superficiel des doigts car les tendons qui font suite aux muscles sont dessinés avec une extrême précision : leur insertion est située à la base de la deuxième phalange des doigts longs [fig. 2]. En revanche, la main gauche de Tulp est dans une posture qui ne laisse pas d’intriguer ; le poignet est en extension maximum, les articulations métacarpophalangiennes en rectitude, seules les articulations inter-phalangiennes proximales sont en flexion. Le caractère forcé de l’extension du poignet ne s’accorde pas avec un geste machinal destiné à appuyer l’emphase du discours de l’orateur. Peut-on se contenter de l’interprétation selon laquelle « on le voit dégager avec des pinces ce qu’il entend montrer, les muscles des doigts et leur irrigation, en soulignant de la main gauche ce qu’il explique » [1]. En réalité, et c’est le point central de l’interprétation, « la leçon d’anatomie de Tulp » est une démonstration de la fonction du fléchisseur superficiel des doigts. Tulp anticipe l’effet de traction sur le muscle du cadavre en montrant sur sa main gauche ce qui va se produire : à savoir la flexion des articulations inter-phalangiennes proximales des doigts. L’hyper-extension du poignet gauche de Tulp a pour but de faciliter la flexion des inter-phalangiennes par le phénomène bien connu de ténodèse automatique qui trouve sa correspondance dans la position en extension du poignet du cadavre que l’on peut déceler par l’angulation de la berge cutanée ulnaire. Du coup, la main gauche de Tulp qui n’était, en apparence, qu’un élément anecdotique, occupe une position essentielle à la fois dans l’interprétation de la scène et dans la composition géométrique du tableau. Elle est à la fois le sommet du triangle formé par les deux mains de Tulp et la main du cadavre, et le foyer de l’ellipse qui circonscrit la tête des participants et le corps étendu. L’interprétation globale est étayée par d’autres arguments repérables sur le tableau, qui concernent la direction des regards des chirurgiens qui se tiennent près de Tulp et de la table de dissection. A droite de Tulp, Matis Calkoen regarde fixement la main gauche du Praelector tandis que Jacob De Wit, à ses côtés, a le regard dirigé vers la main du cadavre. Ces deux regards croisés suggèrent le mouvement présumé qui va se produire sur la main du cadavre par la traction que Tulp s’apprête à exercer sur le corps musculaire [2]. Ajoutons un détail qui va dans le sens de l’interprétation proposée. Matis Calkoen qui regarde la main gauche de Tulp tient sa main gauche devant lui. L’ombre laisse deviner une position en flexion des inter-phalangiennes proximales comme si le chirurgien reproduisait inconsciemment la posture de Tulp. On saisira aisément le sens de l’interprétation du tableau de Rembrandt : il ne s’agit pas d’une leçon d’anatomie descriptive mais d’une démonstration d’anatomie fonctionnelle.

DISCUSSION

Je distinguerai deux niveaux de discussion. Le premier niveau est lié directement aux autres interprétations de la scène représentée et des éléments anatomiques qui y figurent. Le second niveau de discussion sera en rapport avec le contexte historicoculturel du xviie siècle.

 

Autres interprétations du tableau

À l’instar de Descargues [1], la plupart des commentateurs se sont attachés à l’aspect purement esthétique du tableau sans prêter une attention particulière à la signification de la scène représentée. L’interprétation la plus connue qui fait réfé- rence aux structures anatomiques disséquées est celle de l’écrivain W.G. Sebald dans son ouvrage « Les anneaux de Saturne » [3]. Sebald écrit : « le réalisme tant vanté de ce tableau de Rembrandt ne résiste pas à l’examen. C’est ainsi que l’autopsie ne commence pas par l’abdomen… mais (et ceci suggère un acte de représailles) par la dissection de la main délictueuse. Comparée à celle qui repose le plus près du spectateur, elle nous apparaît à la fois démesurément grande et totalement inversée du point de vue strictement anatomique. Les tendons dénudés qui devraient être ceux de la paume de la main gauche sont en fait ceux du dos de la main droite. Il s’agit donc d’une figure purement scolaire, d’un emprunt à l’atlas d’anatomie, en vertu duquel le tableau présente un défaut de construction criant à l’endroit même où s’exprime sa signification centrale à savoir là où la chair a d’ores et déjà été incisée. Il est à peine pensable que Rembrandt ait fait cela sans le vouloir. Autrement dit, la rupture de la composition me semble tout à fait intentionnelle… La main difforme témoigne de la violence qui s’exerce à l’encontre d’Aris Kindt. C’est avec lui, avec la victime et non avec la Guilde des chirurgiens qui lui a passé commande du tableau que le peintre s’identifie. Lui seul n’a pas le froid regard cartésien… »

L’interprétation de Sebald est sujette à caution pour plusieurs raisons

Elle accorde beaucoup trop d’intentionnalité à Rembrandt dont on connaît, certes, l’extraction familiale modeste et son empathie envers les déshérités de la terre qu’il ne cessera de mettre en scène dans plusieurs de ses œuvres. Cependant, lors de « La leçon d’anatomie », Rembrandt n’est pas encore connu. C’est un début magistral mais il n’a que 26 ans et la commande en réalité a été passée à Uylenburgh qui a confié à Rembrandt la réalisation du tableau. On a peine à imaginer dès lors que Rembrandt prenne une très grande liberté sur les détails anatomiques même si effectivement le cadavre est singulièrement mis en relief.

— La difformité de la main disséquée par rapport à l’autre peut s’expliquer : d’une part, Rembrandt a très bien pu travailler à partir d’un avant-bras préparé.

D’autre part, l’examen du tableau aux rayons X a révélé que l’avant-bras droit se réduisait à un moignon (Middelkoop, cité par Ijpma). C’est donc Rembrandt qui a choisi de reconstituer l’intégrité du membre supérieur droit par une main dont l’aspect soigné permet de présumer qu’elle n’appartient pas au voleur qu’était Aris Kindt. On peut d’ailleurs supposer qu’Aris Kindt avait été puni antérieurement par une amputation de la main droite, conformément aux règles en vigueur à l’époque.

— L’argument anatomique de Sebald n’est pas recevable : la main et l’avant-bras ne sont pas inversés. L’extrémité du membre est simplement en supination et les tendons dénudés sont bien ceux de la paume de la main gauche et non pas « ceux du dos de la main droite ». L’interprétation de Sebald semble ainsi dominée par le souci absolu de l’auteur d’accorder à Rembrandt l’intention de privilégier le cadavre pour montrer la double violence exercée à son égard, l’exécution capitale par pendaison suivie de la dissection anatomique.

La position de Sebald ne fait que refléter le point d’ancrage des multiples discussions qui ont agité, des décennies durant, le monde des historiens de la médecine et de l’art. En effet, l’erreur anatomique présumée de Rembrandt la plus discutée et encore communément partagée est que la partie proximale du corps musculaire tenu par la pince de Tulp semble provenir de l’épicondyle latéral du coude [4, 5], c’est-à- dire l’origine des muscles extenseurs alors que les muscles fléchisseurs ont leur insertion située sur l’épicondyle médial. C’est Hechscher (cité par Ijpma) qui en avait tiré la conclusion que la structure anatomique représentée était les muscles extenseurs, interprétation visiblement adoptée par Sebald. Comme l’examen attentif permet d’affirmer qu’il s’agit indubitablement des muscles fléchisseurs des doigts, de nombreux auteurs continuent de penser que Rembrandt a commis une erreur.

Dans un travail récent Ijpma et al. [6] ont réévalué les interrogations portant sur les détails anatomiques du tableau en comparant ce dernier à une dissection cadavérique d’un avant bras gauche réalisée dans les mêmes conditions visuelles de repré- sentation (fig 2). Les auteurs ont relevé dans la littérature quatre sujets de discussion sur les éléments anatomiques du tableau :

— la première discussion a trait à la nature du corps musculaire de direction oblique qui siège sur le côté ulnaire de la portion proximale de l’avant bras. Les hypothèses soulevées à ce propos étaient le pronator teres, le palmaris longus ou le fléchisseur ulnaire du carpe. En fait Ijpma et al ont montré qu’il s’agissait du fléchisseur radial du carpe qu’il est nécessaire de sectionner pour isoler et lever le fléchisseur superficiel des doigts.

— La seconde discussion concerne le muscle long et étroit qui s’étend du coude au poignet du côté ulnaire ; pour Ijpma il s’agit du fléchisseur ulnaire du carpe.

— La troisième discussion est liée à la présence sur le tableau d’une structure filiforme située sur le bord ulnaire du cinquième doigt. Par une lecture attentive de la littérature consacrée aux variations anatomiques, Ijpma en conclut qu’il s’agit du nerf collatéral ulnaire du cinquième doigt directement issu de la branche dorsale du nerf ulnaire. Une autre interprétation est donnée par Jackowe et al. [7] qui font de cette « corde énigmatique » un muscle abductor digiti minimi accessoire.

— Enfin la discussion la plus animée concerne les muscles isolés par la pince de Tulp ; plus personne ne conteste qu’il s’agit du fléchisseur superficiel des doigts.

Cependant Ijpma soulève deux questions auxquelles il n’apporte pas de réponse.

La première question est liée au volume du corps musculaire représenté, supérieur à celui disséqué sur le cadavre en comparaison ; ce qui réintroduit la question de l’inclusion du fléchisseur radial du carpe dans la masse des muscles prélevés comme

Fig. 2. — Détail de l’avant bras et de la main disséqués.

Étoile : corps musculaire du fléchisseur radial du carpe sectionné pour exposer le muscle fléchisseur commun des doigts.

Flèche : muscle fléchisseur ulnaire du carpe.

le soutient Alting [8], ou la possibilité d’une exagération ou d’une approximation de l’artiste. La première hypothèse entre en contradiction avec la conclusion de Ijpma sur la nature du muscle représenté en situation proximale et la seconde hypothèse peut être réfutée si on considère que le condamné, ayant eu une amputation de la main droite, avait considérablement renforcé ses muscles de l’avant bras gauche.

La deuxième question de Ijpma porte sur l’inversion des corps musculaires destinés aux tendons fléchisseurs. En effet, sur le tableau de Rembrandt, les muscles assignés aux tendons du deuxième et du cinquième doigts sont en situation superficielle alors que la dissection reproduite par Ijpma établit que les corps musculaires les plus superficiels sont ceux qui sont destinés aux tendons des troisième et quatrième doigts.

On voit bien que l’essentiel des discussions sur la vraisemblance des détails anatomiques concerne au premier chef les structures anatomiques isolées par Tulp. En réalité, les interrogations soulevées par l’origine des muscles sont résolues si on introduit l’hypothèse suivante : la mobilisation en masse du fléchisseur superficiel et son élévation ne peuvent être réalisées qu’en libérant complètement son insertion sur l’épicondyle médial, ce qui, sur le tableau donne l’impression d’une origine latérale, en raison de l’effet de perspective. En outre, pour saisir la totalité du muscle fléchisseur, plus large que les mors de la pince, Tulp est obligé de ramasser les chefs musculaires extrêmes destinés à l’index et au cinquième doigt qui apparaissent en position superficielle, surtout si les chefs musculaires ont été auparavant isolés pour établir leurs connections respectives avec les rayons de la main.

L’hypothèse d’une désinsertion complète du fléchisseur superficiel est étayée par la présence, sur le tableau, de quelques traînées blanchâtres à l’extrémité proximale du muscle qui figurent la portion aponévrotique faisant suite à l’insertion libérée de son support osseux.

Il ressort de cette interprétation que Rembrandt avait une excellente connaissance de l’anatomie, et qu’il n’a pas commis d’erreur manifeste.

Le contexte historico-culturel

On a vu que Sebald tirait argument du fait que le corps était intact pour affirmer qu’il ne s’agissait pas d’une véritable leçon d’anatomie. Au xviie siècle en effet, la Guilde des chirurgiens d’Amsterdam n’autorisait qu’une dissection publique par an sur le corps d’un condamné à mort. Les mois d’hiver, propices à la conservation des corps, étaient l’occasion de ces dissections a capite ad calcem, en débutant par les viscères abdominaux. C’est précisément le 16 janvier 1632 que Tulp délivre sa fameuse leçon d’anatomie. Rembrandt n’est pas l’instigateur de la dissection. Il faut donc chercher le mobile de cette étrange séance chez le personnage principal, le docteur Tulp. Pourquoi Tulp a-t-il décidé d’être représenté, œuvrant à la dissection d’un avant-bras ? Évoquer l’avant-bras comme centre d’intérêt de la dissection est une source d’égarement car ce qui importe, dans la scène, est en réalité la main du cadavre dont la dissection est d’une précision rigoureuse quant à l’insertion des tendons fléchisseurs. Tulp, l’anatomiste, est en quête de gloire et de considération éternelle ; les conception vésaliennes transmises par son maitre de Leyde, Pieter Pauw lui même élève de Vésale, lui sont familières. Son rival dans l’histoire de l’anatomie est donc Vésale qui s’est fait représenter sur le frontispice de son opus majeur « De humani corporis fabrica » debout, à côté d’un avant-bras et d’une main écorchés, enserrant de sa main gauche l’origine des muscles moteurs extrinsèques de la main décrite comme le « primarium medicinae instrumentum ».

Moins d’un siècle plus tard, Tulp veut surpasser Vésale. Il choisit donc, à l’instar de Vésale, de disséquer une main et un avant-bras dans l’intention de montrer la mécanique du corps humain en action. Aux xvie et xviie siècles, les dissections publiques étaient souvent précédées d’une introduction moralisante portant sur la fragilité de la condition humaine sous son double aspect de finitude et de tentations permanentes. De plus, le Praelector expliquait au public que la science de l’anatomie était une voie de la connaissance de Dieu. Et, à ce titre, la main était considérée comme la preuve la plus visible de la présence de Dieu en l’Homme. Les représentations de Vésale et de Tulp renvoient au débat antique qui opposait Aristote et

Anaxagore. Celui-ci soutenait que l’homme est intelligent parce qu’il a des mains tandis que celui-là affirmait que l’homme a des mains parce qu’il est intelligent.

L’œuvre de Vésale et la leçon de Tulp sont chacune portées par un mouvement de nature distincte. Vésale s’en tient à une anatomie descriptive du corps humain. Mais le prix à payer est la séparation ontologique de l’homme et du cosmos ce que traduisent les attitudes des écorchés de Vésale se dépouillant peu à peu de leurs enveloppes charnelles dans « un catalogue de l’onirique insoutenable » selon l’expression de Roger Caillois [7]. En revanche, le mouvement chez Tulp est d’une tout autre nature. Le corps est déjà considéré comme une mécanique régie par des lois physiques. Il s’agit de mettre en correspondance la structure anatomique et le mouvement qu’elle peut engendrer. Dans cet esprit je ne suivrai pas l’analyse de Muriel Pic [8] qui, se prévalant d’une lecture de Sebald à l’encontre des interprétations réalistes, s’appuie sur une référence de Walter Benjamin dans « L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique » pour faire de l’instrument, la pince en l’occurrence, un moyen de médiatiser la pénétration du corps. Selon Muriel Pic, Tulp se démarquerait de Vésale en ce qu’il ne plonge pas ses mains dans le cadavre mais recourt à un instrument alors que Vésale empoigne l’avant-bras disséqué du cadavre. Certes, comme le dit l’auteure « à regarder ces deux portraits de chirurgiens où l’un est en représentation (en leçon) tandis que l’autre figure à lui seul le geste anatomique, on constate que l’opération elle-même diffère : là où Vésale empoigne l’avant-bras disséqué du cadavre, Tulp s’en saisit et l’exhibe grâce à une pince chirurgicale qui est venue relayer le scalpel ». Cette analyse ne rend pas compte, à mon sens, de l’intention des deux anatomistes. Vésale montre une structure tandis que Tulp démontre une fonction. Tulp est un homme du siècle du mouvement. Le tableau de Rembrandt peut être considéré au-delà de la charge symbolique qu’il recèle, comme un des meilleurs témoins de l’atmosphère intellectuelle du xviie siècle, celle d’une rupture épistémiologique majeure dans l’histoire de l’humanité.

BIBLIOGRAPHIE [1] Descargues P. — Rembrandt. JC Lattès, Paris, 1990, p. 71.

[2] Masquelet AC. — The anatomy lesson of Dr Tulp. J. Hand Surg., 2005, 30B, 4, 379-381.

[3] Sebald WG. — Les anneaux de Saturne. Gallimard, Paris, 2003, pp 24-30.

[4] Bebbington A. — The anatomy lesson of Dr Tulp. J. Hand Surg ., 2005, 30B, 6, 661-2.

[5] Light TR. — Hand on stamps . J. Hand Surg., 1982, 7 , 20.

[6] Ijpma FFA., Van De Graaf RC., Nicolai JPA., Meek MF. — The anatomy lesson of Dr Nicolaes Tulp by Rembrandt (1632) : a comparison of the painting with a dissected left forearm of a Dutch male cadaver. J. Hand Surg., 2006, 31A, 6, 882-892.

[7] Jackowe DJ., Moore MK., Bruner AE., Fredieu JR. — New insight into the enigmatic white corde in Rembrandt’s The Anatomy Lesson of Dr Nicolaes Tulp (1632), J. Hand Surg., 2007, 32A, 9, 1471-76.

[8] Alting MP. — New light on the anatomical error in Rembrandt’s Anatomy Lesson of Dr Nicolaes Tulp, J. Hand Surg. 1982, 7A, 6, 632-4.

[9] Caillois R. — Anthologie du fantastique. Gallimard, Paris, 1977.

[10] Pic M. — Leçons d’anatomie. Pour une histoire naturelle des images chez Walter Benjamin.

Images Re-vues , Hors série no 2 , 2010 (également disponible sur internet).

========


Le tableau La leçon d’anatomie du docteur Tulp a été la première grande commande de Rembrandt. Exécutée alors qu’il n’avait que 26 ans, cette œuvre est aujourd’hui l’une des plus célèbres de l’artiste.

Dans quel contexte ce tableau a-t-il été réalisé ? Qui sont les personnages qui y sont représentés ? Et quelle leçon le docteur Tulp est-il en train de donner ? Analysons ce tableau passionnant.

Dans quel cadre Rembrandt a-t-il réalisé ce tableau ?

Dans la ville d’Amsterdam, la dissection de cadavres mâles est autorisée à partir de 1555. Celle-ci ne peut être exécutée que par un chirurgien nommé par la ville et dans le but de former les apprentis-chirurgiens.

La guilde des chirurgiens, particulièrement influente, commandait régulièrement des portraits de groupe où chacun payait pour se faire représenter. C’est dans ce contexte qu’en 1632 une nouvelle commande est confiée à Rembrandt, âgé alors de seulement 26 ans mais déjà considéré comme une étoile montante. Pour le peintre dont c’est sa première grande commande, c’est une occasion de dépoussiérer ce genre de peinture : à la place d’un portrait statique, il souhaite aller plus loin et raconter une histoire.

Rembrandt, La leçon d'anatomie du docteur Tulp, 1632
Rembrandt, La leçon d’anatomie du docteur Tulp, 1632

Qui sont les personnages représentés ?

Le personnage le plus important du tableau qui se tient au-dessus du tableau, est Nicolaes Tulp. Il est l’une des personnes clés d’Amsterdam : huit fois trésorier de la ville, quatre fois bourgmestre, c’est un homme politique qui est aussi anatomiste et chirurgien. Depuis 1628, il a été élu Praelector de la guilde des chirurgien pour enseigner l’anatomie chirurgicale.

A ses côtés, les assistants à la leçon : Frans van Loenen, Jacob Block, Hartman Hartmanszoon, Jacob de Witt et Mathijs Kalkoen.

Les personnages représentés sur le tableau de Rembrandt, La leçon d'anatomie

Le cadavre – qui est le seul personnage du tableau à ne pas avoir payé pour y figurer ! – n’a quant à lui pas été choisi au hasard. Il s’agit de Aris Adriaenszoon, surnommé Aris Kindt. C’est un voyou originaire de Leyde où il a déjà été condamné pour vols et agressions, des méfaits pour lesquels il s’est fait amputer de la main droite à une époque ; à cette époque on pratiquait en effet la mutilation juridique. A Amsterdam, il tente de voler le manteau d’un passant qu’il étouffe à mort en cherchant à l’empêcher de crier. Arrêté puis jugé, il est pendu le 31 janvier 1632.

Aris Kindt, le corps étudié sur le tableau

Son corps a été choisi pour la leçon d’anatomie pour trois raisons :

  • c’est un homme (au moment du tableau la dissection des corps féminins n’était pas encore autorisée à Amsterdam),
  • c’est un criminel exécuté
  • il était étranger à la ville

L’analyse radiographique de la toile a montré que la main droite du cadavre a été ajoutée dans un second temps. Initialement, Rembrandt avait représenté le corps avec beaucoup de réalisme, en représentant le moignon de Aris Kindt.

Radiographie de la Leçon d'Anatomie du docteur Tulp
Radiographie du tableau par le Mauritshuis

Que représente cette leçon d’anatomie ?

Tulp est en train de faire une démonstration de la flexion des articulations des doigts. De sa main droite, il s’apprête à exercer une traction sur le muscle du défunt. Mais il est intéressant de regarder sa main gauche avec laquelle il montre ce qui va se produire, anticipant l’effet que la traction du muscle aura sur les doigts. A la droite de Tulp, Jacob de Witt regarde fixement la main du cadavre tandis que Mathijs Kalkoen a quant à lui le regard fixé sur la main gauche de Tulp.

Détail de la Leçon d'anatomie du docteur Tulp, par Rembrandt

Où peut-on voir La leçon d’anatomie du docteur Tulp ?

La Leçon d’anatomie du docteur Tulp est conservée au Mauritshuis, le Cabinet royal de peintures situé à La Haye aux Pays-Bas. Parmi les autres chefs-d’œuvre de ce musée, vous pourrez aussi y observer La jeune fille à la perle de Vermeer.

 LIRE AUSSI : Les sens cachés de la Grande Tour de Babel de Brueghel l’ancien

Signature de Rembrandt, 1632

se deschide in one drive +comanda windows width


vineri, 10 iulie 2020

REMBRANDT-Rondul de noapte

NAIS VIRENQUE, L’IMAGE DE LA FEMME DANS L’OEUVRE DE REMBRANDT
  Emmanuel Noussis
https://lewebpedagogique.com/khagnehida/archives/6432


=============================================



EDWIGE EICHENLAUB

PORTRAITS DE GROUPE ET LA RONDE DE NUIT

Les portraits de groupe.
Le portrait de groupe grandeur nature est devenu une spécialité hollandaise même s’il était pratiqué en France (Toulouse, Carcassonne, Narbonne).
Le plus ancien et le plus populaire type de ces portraits collectifs et celui des guildes de miliciens.Mais la Ronde de nuit ne ressemble à aucun des autres portraits du même type.
L’autre type est celui d’administrateurs, de gouverneurs des municipalités (comme le Syndic des drapiers, (1662),  un des plus beaux en la matière.

Les tableaux qui impressionnent encore aujourd’hui sont les leçons d’anatomie où l’on voit des dissections en public à des fins médicales et scientifiques.  Rembrandt en a peint deux :
La leçon du Dr Nicolas Tulp en 1632, et celle du Dr Joan Deyman dont il ne subsiste qu’un fragment.
Parmi les portraits de groupe peints par R. seule la Ronde de nuit tranche avec les conventions de l’époque.  Les autres respectent les usages accordant par exemple une égale importance aux modèles en fonction de leur contribution financière.
Toile emblématique du maître, rentoilée deux fois, restaurée plusieurs fois.
Vers 1640, changement sociaux à Amsterdam, les artistes affluent  (encore plus après 1650). La commande de La Ronde de nuit en 1642 marque un tournant dans sa carrière. Il ne recevra pas d’autres commandes publiques avant 14 ans.
Il s’agit d’une commande collective de plusieurs milices à plusieurs peintres pour décorer la salle du Kloveniersdoelen (salle de rencontre des mousquetaires) :
Joachim von Sandrart par la Cie du capitaine Cornelis Bicker,
Govaert Flinck (élève de R.) par la Cie du capitaine Bas
Bartholomeus Van Der Helst (Roelof Bicker)
Pickenoy Jacob Adriaensz Backer (élève de R. etc.)
Jorien Doorn, reconstitution assistée par ordinateur de la Salle des Gardes du Kloveniersdoelen vers 1645.
Voir les portraits de miliciens sur le site du Rijksmuseum :
1600 florins sont prévus au contrat pour cette toile.
Chaque milicien paye plus ou moins 100 florins en fonction de sa place. Banning Cocq et Van Ruytenburgh ont certainement payé plus. C’est une somme considérable même si pour un bulbe de tulipe, on pouvait parfois vendre sa maison ! ( Première « bulle spéculative » de l’histoire économique mondiale)
Toutefois le tableau a fasciné le public et d’abord par ses dimensions. On beaucoup écrit sur ce tableau, sur ses défauts sur ses qualités. Mais peu de gens l’ont compris. Souvent considéré comme un manifeste baroque face à l’académisme ambiant. Dans la salle du Rijksmuseum il est accroché non loin de la Célébration du Traité de Munster de Van der Helst (1649).
Le contraste est saisissant entre les deux manières. Ce dernier peint un tableau « classique » insistant sur la mimésis, l’équilibre de la composition.
1642 la même année Rembrandt perd Saskia, Titus n’avait que quelques mois. La décennie 1642-1651 est peu productive, certains observent une baisse de la qualité des œuvres en tout cas les dimensions et le nombre des tableaux diminuent.
En revanche, Rembrandt reçoit un grand nombre d’apprentis :
Carel et Barent Fabritus,
Samuel Van Hoogstraten,
Gerbrand van den Eeckhout.
La réputation locale de R. doit beaucoup aux portraits de groupe. Mais malgré l’importance de la Ronde de nuit, il n’a peint qu’un petit nombre de ce type de portraits très prisés en Hollande par rapport à Frans Hals qui en a peint 8 avec au total 84 modèles. R. a été plus modeste et surtout n’a pas accordé beaucoup d’importance à l’apparence des personnages. Van der Helst s’en était fait une spécialité . Carel Dujardin en a peint quelques uns avec beaucoup de succès même s’il était plutôt paysagiste.
Rembrandt comme dans son habitude veut étonner, frapper le spectateur.  Jusque là domine la ligne horizontale telle que selon Hoogstraten « on pouvait les décapiter tous d’un seul coup ».
L’originalité du tableau doit à la fois au travail de composition exceptionnel de Rembrandt mais aussi à la noirceur du vernis avec le temps qui a transformé une scène de plein jour en nocturne.
La Ronde de nuit.
« Atypique couronnement du Kloveniersdoelen, de l’art hollandais et de l’art baroque en même temps » selon Simon Schama.
L’esprit civique à Amsterdam s’est depuis longtemps exprimé à l’aide de portraits de groupe de miliciens.
Le schutter : citoyen soldat. Héritier des défenseurs héroïques des Pays-Bas pendant les guerres avec l’Espagne catholique (80 ans de guerre jusqu’au Traité de Munster (annexe du traité de Westphalie).
Trois guildes principales : arbalétriers, arquebusiers, archers. Ils se réunissaient et paradaient à l’occasion des grands évènements (présence du stathouder, accueil des princes étrangers) c’était un spectacle pour la foule qui s’amassait. 4000 hommes au total faisaient partie de ces milices armées. Mais le contexte est plutôt pacifiste qui ne se prête pas à des représentations héroïques : Amsterdam «était en désaccord avec le stathouder Frédéric Henri qui prônait un rapprochement avec la France contre l’Espagne (peut-être dans l’espoir de créer une couronne hollandaise ?)  alors que la municipalité poussait vers un accord de paix (les affaires doivent continuer)
Ce tableau est exceptionnel car il représente un événement et non pas des personnages statiques en train de poser. Il semble en contradiction avec toutes les règles de la discipline  la fois militaire et artistique.

1. Qui sont les commanditaires ?

Au premier plan les deux personnages : le capitaine Banning Cocq et son lieutenant Ruytenburgh avancent de façon impressionnante vers le spectateur. Ils sont parmi les plus beaux exemples de figures en pied peints par Rembrandt.
Frans Banning Cocq, fils d’apothicaire devenu richissime par son mariage avec la fille d’un grand armateur Overlander cofondateur de la Cie des Indes Orientales et plusieurs fois élu bourgmestre. Le mari reprend le titre de son beau père (qui avait investi sa fortune dans la terre achetant un grand domaine à Purmer au nord d’Amsterdam) après sa mort « seigneur de Purmerland et Ilpendam ».
En 1648 Bartholomeus Van der Elst le peint dans un Portrait des Arbalétriers de Saint Sébastien dans une attitude de mise en avant de son rang.
Van Ruytenburgh lui était fils d’épicier, riche également car possédant lui aussi un domaine à la campagne. En Hollande, l’aristocratie bourgeoise n’était pas insensible à la terre, bien au contraire. Pour faire partie du patriciat urbain, comme à Venise, il fallait posséder à la fois une belle écurie à la campagne et s’offrir une splendide façade sur les canaux.
Rembrandt tient compte des différences dans la représentation des deux. Van Ruytenburg porte une veste de buffle, d’un cuir jaune éclatant de lumière aux broderies riches. Des bottes de cavalier complètent sa tenue. Il n’y avait pas de tenue recommandée pour poser, donc c’est le choix de Ruytenburgh de paraître dans une tenue plus somptueuse que son capitaine  beaucoup plus sobre.
Mais son patriotisme est également mis en valeur avec la bordure de la veste aux détails des armes d’Amsterdam et le gland bleu et or à son épaule aux couleurs des commandants  Kloveniers d’Amsterdam. 
Cette ostentation ne fait que renforcer l’autorité du Capitaine vêtu de noir mais qui est  rehaussé d’une magnifique écharpe rouge orangé. La hiérarchie est respectée puisque Banning Cocq est devant, de face, d’une taille plus grande et son geste porte l’ombre de la main sur la poitrine de son lieutenant de profil. Le contraste de lumière entre les deux personnages Banning Cocq en noir rehaussé de rouge par l’écharpe et de blanc par la fraise autour du cou, Ruytenburg dans un somptueux costume de cuir doré illuminé par une source lumineuse située en haut à gauche. Le couple est placé devant un attroupement de 16 autres miliciens qui ont payé leur portrait. Pour rompre avec la monotonie des autres portraits de miliciens R. varie les types des personnages (marchands de draps en général). L’analyse est rendue difficile car il a été rogné en haut et sur les côtés ce qui le rend moins cohérent et un peu enfermé (la perception du plein air et du plein jour est difficile). La main du capitaine donne la signal du départ alors que le lieutenant semble écouter son chef et se projette aussi vers l’avant d’autant plus que la lance qu’il tient à la main gauche souligne également ce mouvement vers l’avant.
Aux deux extrémités deux sergents
– A gauche au casque antique et à l’hallebarde (accessoires de la collection de R.)  assis au travers du parapet du pont sur le garde-fou  Reijnier Engelen (qui a été accusé d’avoir menti sur son âge lors de son mariage avec une épouse beaucoup plus jeune.

À droite, le diacre de l’église calviniste et régent d’un asile de pauvres : Rombout Kemp dans une tenue sévère. Relayant l’ordre du Capitaine Cocq, il fait un geste qui souligne son rang de sergent.
Le porte étendard Jan Claeszoon Visscher
R. lui fait faire un geste de séducteur bellâtre la main posée sur la hanche. (normal il est célibataire comme tous les porte-étendard ). Personnage haut en couleurs comparé aux autres porte-étendards des portraits de miliciens.
On a raconté que les portraiturés ont réclamé leur argent pour faute de ressemblance. (-> mais Banning Cocq a fait faire deux copies et un carnet d’aquarelles dans un album familial conservé au Rijksmuseum. Il commande également deux copies dont une est conservée. Elle permet de visualiser la totalité de la comosition avant l’amputation de 1715.
Gerrit Lundens copie de la Ronde de nuit, 67 x 86cm 1655, Rijksmuseum.
Cependant les critiques fusent après 1670 comme celle du peintre allemand Joachim Von Sandrart qui lui reproche « de braver et de contredire les règles de l’art ». Le portrait de la Cie de Cornelis Bicker par Sandrart plaçait les miliciens autour du buste de Marie de Médicis (1638) devant un décor Renaissance, bel hommage au classicisme et à la discipline militaire.

2. Description, analyse de la composition et interprétation.

Contrairement aux autres portraits collectifs de la salle beaucoup plus solennels, La Ronde de nuit apparaît comme un hymne au désordre, à l’indiscipline.
Mais Samuel van Hoogstraten écrit dans son traité en 1678 : il faut unifier les différents éléments du tableau avec la tâche d’un officier qui met ses hommes en rang. Et il illustre cette idée technique par une référence à la Ronde de nuit !
«  (… Il ne suffit pas qu’un peintre place ses modèles en rang les uns à côté des autres, comme on le voit trop souvent, ici en Hollande, dans les doelen de la garde civique. Les vrais maîtres savent conférer une unité à leur oeuvre… Rembrandt a été très loin dans cette exigence bien que l’opinion de plusieurs soit qu’il est allé trop loin en donnant priorité à l’ensemble du tableau au détriment des portraits individuels qu’il était payé à exécuter. Néanmoins cette peinture, en dépit des critiques(…) survivra à mon avis à celles de ses rivaux parce qu’elle est d’une conception si complètement picturale (schilderachtig), si garphique dans sa conception, si élégante dans la disposition des personnages, et d’une telle puissance que, du jugement de certains, tous les autres tableaux du doelen ont l’air de cartes à jouer à côté. J’aurais cependant souhaité qu’il éclaire davntage son tableau.»Même si Hoogstraten lui reproche une jeu de lumière trop contrasté, il affirmait justement l’exact contraire.  Le tableau s’organise de façon rigoureuse autour d’une seule idée claire : la propulsion, de l’élan en avant. Un élan qui prend des allures patriotiques et civiques, expression des valeurs républicaines.
La Ronde de nuit est donc le fruit d’une démarche novatrice, d’une composition  privilégiant le désordre spontané au détriment de l’équilibre et de l’ordre, hérité de la Renaissance, des autres portraits.
Au XIXe siècle, Eugène Fromentin, pourtant grand admirateur de R. juge cette œuvre incohérente, confuse « œuvre qui blesse cette logique et cette rectitude habituelle de l’œil qui aiment les formes claires, les idées lucides, les audaces nettement formulées ». 
Ces critiques n’ont plus aucun sens tant ce tableau a surpassé tous les autres acquérant un statut d’icône de la peinture hollandaise du XVIIe siècle. Dans une salle réservée pour elle, dès 1885 (!) l’image des miliciens prend aisni un caractère sacré dans l’histoire de l’art hollandais. C’est donc une image politique qui tranche avec les alignements de miliciens le long d’un axe horizontal plus ou moins rectiligne. Seul Jacob Backer avait innové en les plaçant en demi-cercle ou au pied d’un escalier.
Jacob Backer Compagnie Cornelis de Graeff 1642 huile sur toile Rijksmuseum.
Mais l’évènement représenté par Rembrandt est indéchiffrable : la Cie se met en marche en passant sous une porte monumentale et avance vers un but inconnu. Il y a des spectateurs mêlés à la troupe ce qui rend la scène encore plus vivante. Le réalisme de cette toile serait remarquable si elle n’était pas destinée à la grande salle du quartier général des miliciens pour évoquer ses membres.
Certains ont vu dans cette toile une représentation de l’accueil de Marie de Médicis forcée à l’exil par Richelieu, du 1er au 5 septembre 1638.Cette pompe a donné lieu à un magnifique il folio diffusé dans toute l’Europe. Les bourgeois et les milices (mousquetaires, lanciers) s’échelonnent devant le cortège de l’ex reine de France. Divers éléments du tableau rappellent cette image : le pont et le parapet, l’arc de triomphe, les gardes civiques.
Jan Martszeen de Jonge, (1609-1647) Marie de Médicis passant devant un arc de triomphe temporaire saluée par la garde civique. Pour rivaliser avec Anvers, Amsterdam a mobilisé ses poètes, ses humanistes, ses architectes et ses miliciens.
Rembrandt met en scène justement le mouvement des miliciens contrairement à ses tableaux habituels où c’est plutôt la lueur de l’instant qui dominait :
– décharges de fusils,
– roulement de tambours,
– cris des officiers,
– aboiement de chiens,
– ordre de départ et
– déploiement de drapeaux…
Son pari est de montrer les officiers dans leur fonction militaire (ici en parade) plutôt que de poser de façon statique.
Certes on retrouve le geste de la main chez Thomas de Keyser (Cie Allart Cloeck) mais la ressemblance s’arrête là !
Thomas de Keyser La Cie d’Allart Cloeck 1632 huile toile  220x351cm Rijksmuseum.
Quel contraste par ailleurs entre le dynamisme de la Ronde de nuit et le mouvement à peine esquissé de monter sur l’estrade (afin de poser) et la pose immobile des soldats à l’arrière plan.
Le pari de R. c’est bien sûr de séduire les commanditaires par l’originalité de la composition, de la lumière, le caractère dramatique de la scène renforcé par cet élan qui sort les personnages de l’ombre pour les amener vers une lumière intense.
Mais le mouvement était déjà mis en valeur par les portraits de groupes de Frans Hals, voir cours sur le contexte artistique.
Il avait résolu cette question en variant les gestes et les positions des figures qui restaient cependant alignés, avec peu de profondeur.
La Ronde de nuit n’est pas un portrait, c’est véritable scène de genre, une Cie en marche, presque une troupe de comédiens prête à jouer, le tambour, le petit gargoussier  (qui porte la gargousse, l’enveloppe avec la poudre à canon) avec son grand casque, la petite fille, c’est plus qu’un portrait, le monde grouillant de la cité.
Image de la comédie sociale, tableau rabelaisien, bruyant, fanfaron, animé. Tableau baroque ? à la fois : portrait de groupe, tableau d’histoire, sorte de vision. Après les difficultés causées par la Série de la Passion commandée par le stathouder il voulait frapper les esprit, faire un coup d’éclat à la Rubens.
E. Fromentin reproche une composition « qui n’est pas le principal mérité du tableau ». Mais il ne connaît pas l’œuvre dans sa totalité :  amputée surtout à gauche (30 cm)  et en haut 15 cm. En bas de 5 à 10 cm)  pour pouvoir rentrer à l’emplacement de l’hôtel de ville en 1715.
Selon Schama, l’espace est beaucoup plus vraisemblable que ne le dit Fromentin :
– balustrade du canal,
– porche une des entrées de la ville à l’arrière plan,
– bords des dalles du pavé dessinant une ligne de fuite qui va vers le centre de l’arche d’où semble surgir la compagnie.
On voit bien que la Cie se met en marche vers un pont enjambant un canal devant la maison des Kloveniers. Une Cie qui garde la ville, ses ponts, ses portes, ses canaux elle est donc mise en scène dans un décor urbain même si la porte en arc de triomphe n’est pas une image réelle.
La composition justement est une extraordinaire combinaison de l’horizontalité des portraits et de radiales perpendiculaires, de mouvement centrifuge et centripète à la fois.
Des diagonales perturbent l’axialité venue du fond de l’arche et l’horizontalité des quais : lignes obliques dans un sens et dans l’autre que dessinent :
– à gauche l’étendard, le bâton de Banning Cocq et le mousquet,
– à droite la lance de Ruytenburgh, le canon du mousquet et la lance, elle même traversée par d’autres formant des croix de Saint André (trois croix sur fond rouge formaient les armes d’Amsterdam).
Gerson avance l’idée d’une allégorie de la ville d’Amsterdam dans son passé glorieux tel que le racontait  dans une pièce de théâtre le poète Joost van den Vondel en 1637 : comme par exemple la fillette serait une allégorie de la victoire. Mais le caractère allégorique n’efface en rien la composante historique du tableau, une compagnie en armes paradant dans la ville et montrant l’unité d’Amsterdam comme la grisaille de la Concorde dans le pays (1641, musée historique  d’Amsterdam).

3. L’intention, la symbolique : une « nation en armes »

Le titre même du tableau e dit long sur les interprétations  qu’a suscitées cette oeuvre. La ronde de nuit a incité à y voir une « patrouille nocturne » (description de  1808) mais, comme l’actuel carton du Rijksmuseum l’affirme, la « Sortie de la compagnie du capitaine Frans Banning Coq et de son lieutenent Willem van Ruytemburch, communément appelée « La Ronde de nuit ». L’album commandé par Banning Coq, contient une reproduction du tableau précisant que le capitaine « ordonne à son lieutenent de faire sortir sa compagnie ».
Horst Gerson rappelle que sur les 28 adultes (+ 3 enfants probablement ajoutés par Rembrandt) seuls 18 ont payé chacun cent florins pour son portrait. L’animation est probablement due à une initiative de Rembrandt, certainement plus conforme à la réalité que ce que laissent voir les portraits alignés des gardes civiques. Une description de l’entrée de Marie de Médicis à Amsterdam raconte que certains gardes étaient habillés »selon leur propre fantaisie tandis que d’autres étaient harnachés de la tête aux pieds.
Pour Schama,  il s’agit de représenter la Compagnie comme une troupe énergique en marche sortant de l’ombre et avançant vers la lumière. Mais aussi que cette troupe est une communauté composée de citoyens en armes (mais sûrement pas de militaires) avançant vers un but commun, allant de l’ombre vers la lumière (vers la postérité ?) Sur le plan plastique et de la composition, R. abolit les deux dimensions, la vision plane en libérant les figures.Des personnages sont mis en action. Banning Cocq est une figure en mouvement : le bord de son écharpe flotte au vent, l’ombre de sa main, l’ombre de son pied resté derrière. Van Ruytenburgh est également en mouvement avec son pied qui ne repose que sur la pointe, sa pertuisane est tenue baissée (respect de son capitaine),mais en direction de la marche.
L’autre astuce de R. a un lien avec sa technique de la matière : inspirée du conseil de Titien de peindre ce qui est censé être proche du spectateur avec des touches rompues, appliquées avec vivacité et être d’une plus grande fluidité pour les détails plus éloignés. Ensuite il juxtapose des personnages dont trois s’affairent avec leur mousquet : Charger, tirer (presque comique puisqu’il tire derrière un officier !), souffler pour chasser les grains de poudre. Inspiration des illustrations du livre Exercice des armes commandé en 1607 par  le stathouder Maurice :
Voulait-il montrer qu’ils savent exécuter les gestes ou le contraire ? Svetlana Alpers remarque que ces gestes sont incohérents : on ne charge pas le mousquet en avançant mais en étant immobile. Peut-être s’agit-il de la représentation d’une fête triomphale. Une représentation théâtrale car R. n’a cessé de faire référence au théâtre : gestuelle, emphase des sentiments exprimés (cf. la repentance de Judas), costumes, cadre (comme un décor d’une scène de théâtre). Ce mouvement de la troupe, Rembrandt le rend de façon quasi photographique ; comme un instantané : une vingtaine de miliciens sans lien apparent les uns avec les autres si ce n’est quelques apartés. D’autres jouent avec leurs armes, discutent, se mettent en mouvement. La petite fille fortement éclairée devient elle même source de lumière, prise au milieu du groupe comme le chien à droite. La scène est donc un mélange de solennité et de banalité ce qui la rend étrange et difficile à interpréter. Cette composition grandiose d’une scène de genre est un fait presque unique dans la peinture du nord. Certains la comparent à la Cène de Léonard ou aux Ménines de Velasquez tableau tout aussi mystérieux que la Ronde de nuit. Rembrandt innove en restant dans la lumière, dans la tradition nordique sans référence manifeste à l’Italie. Une œuvre d’art grandiose et universelle qui ne doit rien à la Renaissance italienne (Simon Schama).

4. Le portrait de groupe : un genre caractéristique du « Kunstwollen » (Aloïse Riegl) hollandais.

Les portraits de groupe sont une spécialité hollandaise qui remonte au début du XVIe siècle. On peut mesurer l’évolution du genre en comparant ceux de Hals avec celui des membres de la confrérie de Jérusalem à Haarlem par Jan van Scorel (1495-1562) peint en 1528 et  également, un des tout premiers aux Pays-Bas. Chaque homme tient une palme qui évoque à la fois le pèlerinage et l’entrée du Christ à Jérusalem. Le 2e à gauche en tient deux pour avoir effectué deux fois le pèlerinage à Jérusalem. Les figures sont d’un réalisme saisissant mais alignées de façon parfaitement linéaire (pas une tête qui dépasse !) et immobile.
Jan van Scorel, Les membres de la confrérie de Jérusalem à Haarlem, 1528 panneau 114 x 257cm, conservé à Haarlem,Pays-Bas.

Frans hals révolutionne le portrait de groupe hollandais au début du XVIIe siècle :
Exemple : Le portrait des Officiers de la Garde Civique St George, 1616, toile 175x324cm, Frans Hals Museum, Haarlem.
C’est le premier grand portrait de groupe de Frans Hals, et la première garde civique monumentale ouvrant une nouvelle ère de la peinture hollandaise. De concert avec les dirigeants politiques, les sociétés de bienfaisance et les associations professionnelles, les guildes les milices ont été les principaux clients de commander des portraits de groupe. Ce « mécénat » a pris des proportions considérables au cours du siècle. Ces portraits de groupe sont également de la valeur en tant quedocuments historiquespour lesquels des listes ont été établies en donnant les noms des personnages représentés.
Les peintures elles-mêmes étaient exposés en bonne place dans les locaux de l’association. Ces portraits de citoyens miliciens sont à la fois d’un besoin de représentation propre à l’époque baroque, et d’une tradition ancrée au Moyen Age. Il y a eu des milices civiques dans les Pays-Bas dès le XIIIe siècle. Elles ont joué un rôle important dans l’émancipation des villes et villages et a acquis une grande autonomie politique et militaire dans ces Pays-Bas en lutte pour l’indépendance.
Cornelis van Haarlem avait déjà peint le portrait de la milice de St George en 1599. Les figures idéalisées par une lumière assez intense, sont regroupées autour de la table, des gestes mesurés sont esquissés
Hals, cependant, révolutionne ce type de peinture. Au lieu d’un ensemble de portraits simplement alignés et immobiles, il les place dans une ambiance de scène de banquet. Ce n’est pas simplement un instantané de vie, mais un portrait de groupe structuré et composé dans un cadre pittoresque. Toutes ces figures ont une grande liberté de mouvement, et sont fortement individualisées. Hals a trouvé une nouvelle solution au problème de la représentation d’un grand groupe en tenant compte du rang de chacun dans la hiérarchie de la milice.
Les places qu’occupent les miliciens sont en stricte conformité avec le protocole militaire. Le colonel, la société de l’officier de plus haut rang, est assis à la tête de la tableà sa droite est le prévôt, le deuxième agent de classement. Ils sont flanqués par les trois capitaines et lieutenants les trois sont à l’extrémité inférieure de la table. Les trois enseignes, qui ne sont pas membres du corps des officiers, et le serviteur debout.
Hals peint la même milice qu’on reconnaît aux couleurs bleu, blanc et jaune. Ici aussi les trois enseignes avec le drapeau  forment des lignes fuyantes qui marquent la composition en trois groupes. Le jeu des regards, les gestes et les postures d’une grande variété, les couleurs vives et davantage mis en valeur animent également la scène, très loin des anciens portraits de groupe. Enfin, la touche de Frans Hals est d’une grande liberté. Il applique la couleur à  grands coups de brosse rapides.
« J’ai surtout admiré les mains de Hals, des mains qui vivaient, mais qui n’étaient pas « terminées », dans le sens que l’on veut donner maintenant par force au mot « finir ». Et les têtes aussi, les yeux, le nez, la bouche, faits des premiers coups de brosse, sans retouches quelconques. Peindre d’un seul coup, autant que possible, en une fois ! Quel plaisir de voir ainsi un Frans Hals ! » disait Van Gogh. Lire le paragraphe de l’article wikipedia ici.
frans-hals-banquet-des-officiers-de-la-garde-de-saint-george-1627-huile-sur-toile-frans-halsmuseum-haarlem
Le banquet des officiers du corps des archers de Saint Georges, 1624-1627, toile, 179×257 cm. Frans Hals Museum, Haarlem.
Hals a peint d’autres portraits similaires comme Le banquet des Officiers de la Garde Civique Saint Hadriean 1627 (guilde de Haarlem) huile sur toile, , 179 x 257,5 cm Frans Halsmuseum, Haarlem.
Ce sont des exemples remarquables de la façon dont Hals avait soigneusement calculé les effets de vérité. Il a renforcé le caractère instantané de ces scènes par entrelacement des figures sur la surface de la toile et en profondeur. L’impression donnée est celle d’un certain désordre mais, un ordre caché sous-tend ses grandes compositions.
Dans les deux pièces de banquet, il relie deux principaux groupes par de longues diagonales, et chaque groupe affiche une figure assise centrale, autour duquel les autres hommes sont classés, certains assis et debout certains. La traversée de la principale diagonales coïncide avec la tête d’un officier assis au deuxième plan, qui par le biais e la composition acquiert un place centrale. Ingénieux de la variété des positions et de mouvements concerne les figures les unes par rapport aux autres et aussi par rapport au spectateur. Le résultat final est un illusionnisme sans précédent un rassemblement animé.
L’impression que ces gardes peuvent consommer des quantités gargantuesques de nourriture et d’alcool est confirmée par une ordonnance prévue par les autorités municipales de la ville de Haarlem en 1621. La ville a pris connaissance du fait que certains des banquets de la milice a duré toute une semaine. Considérant que la municipalité a dû payer les coûts, et que les temps sont troubles (l’ordonnance a été écrite après la cessation des hostilités avec l’Espagne a été reprise), il a été décrété que les célébrations « ne devaient pas durer plus de trois, ou au maximum quatre jours… »

Biblio :
Nadeije Laneyrie-Dagen, lire la peinture de Rembrandt.
Simon Schama, Les yeux de Rembrandt.
Gary Schwartz, Rembrandt
Christopher Wright, Rembrandt
Sur le portrait hollandais au siècle d’or voir l’exposition du Mauritshuis :